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 Affaissement  

Portrait (10/06/2020), matériaux divers (Bois, pièces de puzzle, verre), 48 x 63.5 x 7 cm.

À première vue, l’œuvre se présente comme un tableau encadré de facture classique, presque rassurante. Pourtant, cette apparente stabilité est immédiatement contredite par sa nature même : il ne s’agit pas d’une surface plane et figée, mais d’une boîte, un volume clos dans lequel les pièces de puzzle ne sont ni collées ni assignées définitivement à une place. Le cadre devient ainsi un contenant, un dispositif, plus qu’un simple support.

Le spectateur croit deviner un portrait, mais celui-ci reste volontairement incertain, comme en suspens. Le visage n’est jamais totalement lisible : il émerge, se dissout, puis se recompose selon la position du tableau. 

Cette instabilité perceptive renforce l’idée d’une identité fragile, mouvante, qui ne se laisse pas fixer. Le portrait n’est pas représenté, il est pressenti.

Le choix du puzzle est central. Traditionnellement, chaque pièce de puzzle n’a qu’une seule place possible, une fonction précise au sein d’une image finale déterminée à l’avance. Ici, cette logique est détournée : les pièces coexistent dans un ensemble sans solution unique. Leur organisation repose sur un équilibre physique — la pesanteur — et non sur une intention figurative stricte. Ce n’est plus la main qui impose l’ordre, mais le poids, le tassement, la pression exercée par l’ensemble sur lui-même.

Le hasard intervient alors comme un agent actif, mais non souverain. Il ne produit pas le chaos total ; il agit dans un cadre défini, contraint par les limites de la boîte, par la densité des pièces et par la mémoire de l’image d’origine. L’œuvre se situe ainsi dans un entre-deux fécond : ni totalement contrôlée, ni totalement aléatoire. Chaque déplacement du tableau provoque une micro-recomposition, une variation presque imperceptible, faisant de l’œuvre un objet évolutif, jamais définitivement achevé.

Sur le plan visuel, cette accumulation de fragments colorés évoque clairement la peinture impressionniste. Les pièces de puzzle perdent leur statut d’éléments fonctionnels pour devenir des touches, des unités chromatiques. À distance, l’œil recompose des volumes, des lumières, une présence humaine ; de près, tout se fragmente en une mosaïque hétérogène. Comme chez les impressionnistes, l’image n’existe pleinement que dans le regard du spectateur, dans l’acte de perception.

À mesure que le temps passe et que l’œuvre est déplacée, manipulée ou simplement soumise à la gravité, le portrait tend à s’effacer. Ce qui était encore perceptible comme un visage devient progressivement une constellation de fragments sans hiérarchie, où toute référence figurative se dissout. À terme, il ne sera peut-être plus possible de reconnaître un portrait, seulement une surface de couleurs. Cette disparition programmée n’est pas une perte, mais l’aboutissement logique du processus : l’image se libère de sa fonction représentative pour devenir pure matière, pure perception, mémoire d’un visage qui a existé.

Enfin, l’œuvre interroge profondément notre rapport à l’image et à la permanence. Ce portrait qui bouge, qui glisse lentement sous l’effet du temps et des manipulations, suggère que toute représentation est précaire. L’image n’est plus un arrêt, mais un processus. Elle devient la trace d’un équilibre temporaire entre ordre et désordre, mémoire et oubli, construction et effondrement.

Paysage, 2021, matériaux divers (Bois, pièces de puzzle, verre). 51.5 x 41.5 x 5.5 cm.

Portrait (18/03/2021), matériaux divers (Bois, pièces de puzzle, verre), 44.3 x 59.2 x 7 cm.

Paysage, (22/11/2020), matériaux divers (Bois, pièces de puzzle, verre). 43 x 34 x 5.5 cm.

France

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Pesanteur, Paysage (26/08/2021), Installation, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), environ 97 x 72 x 172 cm.

 2026 par Laurent Fierdehaiche. Créé avec Wix.com 

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