Effondrement




Effondrement 5, 2024, matériaux divers (bois, pièces de puzzle...), environ 95 x 198 x 46 cm.
À l’origine, le puzzle collé et encadré renvoie à une tentative humaine de fixation : figer le paysage, le reconstituer, le préserver sous une forme stable, domestiquée, presque muséifiée. Le cadre agit comme une promesse de permanence, un geste de sauvegarde illusoire.
Or, cette promesse échoue.
Le paysage ne se contente pas de se fragmenter : il se liquéfie. Les pièces de puzzle, pourtant conçues pour s’emboîter, semblent s’être décollées de la surface, comme si la colle — métaphore du lien entre l’homme et la nature, ou de la cohésion du monde — avait cessé d’opérer.
Ce glissement progressif transforme la surface en une matière instable, soumise à la gravité. Le paysage devient fluide, instable, irréversible.
Les grosses gouttes qui s’écoulent hors du cadre sont un élément clé :
elles matérialisent la perte. Le paysage ne disparaît pas abstraitement, il s’échappe, il fuit littéralement l’image. Le cadre, censé contenir, ne retient plus rien. Ce débordement évoque à la fois la fonte (glaciers, sols, écosystèmes), la pollution visqueuse, et une forme de saignement du territoire. La nature n’est plus un décor : elle est une substance blessée.
Chaque pièce conserve encore une part de l’image originale, mais celle-ci n’est plus lisible dans son ensemble. On assiste à un moment intermédiaire:
le paysage est en train de disparaître, mais pas encore totalement absent. Cette temporalité suspendue — ni intacte, ni détruite — est au cœur de cette proposition.
Enfin, le fait que les pièces tombent vers le sol introduit une dimension gravitationnelle : la chute devient inévitable, lente, continue. Contrairement à une destruction brutale, ici l’effondrement est progressif, inexorable, et d’autant plus angoissant. Il renvoie à un monde qui ne s’écroule pas d’un coup, mais qui glisse, jour après jour, sous nos yeux.
Ce que l’on croyait stable, recomposable et maîtrisable ne l’est plus. Le puzzle, symbole d’ordre et de reconstruction, devient le médium même de la perte. Le paysage ne se contemple plus : il s’échappe, il coule, il tombe. Et le cadre, loin de protéger, ne fait que souligner l’impuissance humaine face à l’effondrement qu’elle a elle-même provoqué.
Effondrement 8, 2025, matériaux divers (bois, pièces de puzzle...), 51 x 58 x 10.5 cm.








Effondrement 4, 2024, matériaux divers (bois, pièces de puzzle...), 46.5 x 72 x 10 cm.
Effondrement 7, 2025, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 69 x 67 x 6 cm.








Effondrement (Rideau !), 2024, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 73 x 78.5 x 4 cm.
Effondrement 3, 2024, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 78 x 70 x 4.5 cm.








Effondrement 2, 2024, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 81 x 34 x 4.4 cm.
Effondrement 1, 2024, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 48 x 46.5 x 5 cm.









