PRÉSENTATION RAPIDE
Après des études aux Beaux-Arts puis à l’université d’arts plastiques de Rennes, j’ai développé une pratique artistique multiforme, nourrie par de nombreuses expositions. Dès les débuts de cette recherche, mon travail s’est structuré autour d’un premier étonnement : celui provoqué par la manière dont l’humanité tente de se fixer une place dans le regard d’autrui par l’accumulation, la conservation et la célébration de records et de trophées. Ces objets, conçus pour figer une victoire ou un moment de gloire, m’ont rapidement semblé porter en eux une forme d’entropie latente : derrière l’ordre apparent du classement et de la récompense, s’inscrit déjà la promesse de l’oubli, de la perte de sens et de la dégradation symbolique. C’est à partir de cette tension que j’ai réalisé plusieurs installations utilisant coupes et trophées, envisagés comme des vestiges d’un ordre humain fragile et transitoire.
Depuis plusieurs années, un nouvel étonnement est venu déplacer et approfondir cette réflexion : celui suscité par les puzzles. Ces images lisses et rassurantes — chatons attendrissants, bébés cactus, paysages idéalisés — proposent un monde réparable, où chaque fragment trouve naturellement sa place. Or cette pratique de l’assemblage m’apparaît en profonde discordance avec la réalité humaine, capable du pire autant que du meilleur. Comment persister à reconstituer des images d’harmonie alors même que notre monde se défait, que les structures du vivant et du sens se fragmentent ? Cette question, sans doute naïve, rejoint pourtant le cœur de ma recherche : explorer l’écart entre le désir d’ordre et la réalité entropique du monde.
Pour conclure, je fais mienne la réflexion de Bruno Bettelheim :
« Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d'abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur (...). »
Cette image du lac agit pour moi comme une métaphore entropique : sous la surface calme et ordonnée des formes se dissimule un mouvement incessant, une agitation profonde où se jouent la perte, la transformation et la dissolution des certitudes.

