Coulures




Coulures, Bestiaire, Le loup, (10/09/2023), Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 98 x 89 x 6 cm.
La silhouette du loup se détache à peine du mur blanc, comme une apparition déjà en train de s’effacer. Animal puissant et emblématique, souvent idéalisé dans l’imaginaire collectif et fréquemment représenté sur les puzzles de paysages sauvages, il n’est ici plus qu’une forme en voie de disparition. Son corps semble attaqué de l’intérieur : il se liquéfie, s’affaisse, coule lentement vers le sol, comme soumis à l’action d’un produit corrosif invisible. Cette dégradation progressive transforme la figure animale en une matière instable, incapable de conserver sa cohérence.
Les pièces de puzzle, qui constituaient autrefois l’image du loup, se détachent et chutent en tas au pied du mur. Elles matérialisent l’effondrement de la représentation elle-même : ce qui faisait image se défait, se fragmente, perd sa fonction première. Le puzzle, objet ludique et rassurant, devient ici le symbole d’un monde recomposé artificiellement, dont les fragments s’accumulent une fois que le sens s’est dissous. L’animal n’est plus un être vivant, mais une image qui se défait, un souvenir en train de se déliter.
Privée de ses couleurs, la silhouette blanchie du loup se confond peu à peu avec le mur. Cette disparition chromatique agit comme une métaphore silencieuse de l’extinction : à force d’être représenté, domestiqué, réduit à une image décorative ou à un motif culturel, l’animal réel s’efface. Il ne restera bientôt que sa trace, absorbée par le blanc, par le vide, par l’indifférence. Le mur devient alors l’horizon final de cette disparition : un espace neutre où toute singularité est vouée à s’annuler.
Cette œuvre met en tension la beauté de l’animal et la violence de sa disparition. Elle interroge la responsabilité humaine dans l’effondrement du vivant : par nos modes de vie, par la destruction des écosystèmes, par la transformation du monde naturel en images consommables, nous contribuons à faire du loup — et avec lui de nombreuses espèces — une simple représentation, vidée de sa chair et de sa présence. Ce loup qui coule n’est pas seulement un animal qui disparaît ; il est le symptôme d’un monde où le vivant se dissout sous nos yeux, morceau par morceau, comme un puzzle que plus personne ne cherche à reconstituer.
Le corps de l'animal a disparu. Il s'est liquéfié comme sous l'effet d'un produit corrosif. Ce bel animal, parfois représenté sur les puzzles, ne sera bientôt qu'une image.
Coulures, Bestiaire, Le chimpanzé, 2023, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), environ 175 x 45 x 45 cm.






Coulures, Emmanuelle, 2024, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), environ 166 x 60 x 40 cm.




Coulures, Autoportrait 1, 2023, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 63 x 24 x 7 cm.
Coulures, Autoportrait 2, 2024, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...),




