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Desquamation

Desquamation, juin 2025,, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 86 x 59 x 5 cm.

Ce tableau se présente comme une surface en train de perdre sa peau. Le puzzle devient ici un épiderme instable, une membrane fragile dont la fonction première — montrer, représenter, séduire par le paysage — est en train de céder. Le titre agit comme une clé de lecture essentielle : la desquamation est un phénomène organique, lent, souvent imperceptible, mais irréversible. Ce n’est pas une déchirure brutale, c’est une perte par couches, un abandon progressif de la surface.

La pellicule imprimée des pièces, en se décollant, fonctionne comme une peau malade ou brûlée, abîmée par un agent toxique. 

Ce qui tombe n’est pas seulement l’image, mais ce qui faisait sa valeur esthétique, sa promesse d’évasion. Le paysage n’est plus détruit frontalement : il s’effeuille, comme un corps soumis à une agression chronique. Cette approche rend la violence d’autant plus troublante qu’elle est silencieuse. Rien n’explose, rien ne s’effondre d’un coup ; tout se détache.

Les couleurs n’appartiennent plus au paysage mais au carton nu, à une matière pauvre, terne, presque dermatologique. On ne regarde plus une image, mais un derme à vif, privé de son vernis. Le puzzle cesse alors d’être une fenêtre sur le monde pour devenir un corps exposé, un fragment de matière qui témoigne de ce qu’il a perdu. Ce qui était surface devient résidu.

La chute des pellicules vers le bas du cadre évoque un phénomène gravitationnel inévitable, comme les squames d’une peau morte qui se détachent sans retour possible. Le cadre, qui pourrait protéger ou contenir, agit au contraire comme un dispositif clinique, presque muséal, où l’on observe la pathologie à distance. Le mur blanc accentue cette lecture : il isole l’œuvre comme un prélèvement, un échantillon de monde malade.

Ici, on ne montre plus seulement un monde fragmenté, mais un monde qui perd sa couche vivante. Le paysage n’est pas détruit de l’extérieur, il meurt par la peau. Cette peau — image, illusion, décor — se révèle être ce qui séparait encore le spectateur de la matière brute, de la réalité appauvrie laissée derrière.

Enfin, la métaphore cutanée engage une lecture profondément corporelle et empathique : voir cette image se décoller, c’est ressentir presque physiquement l’irritation, la brûlure, la sécheresse. Le paysage devient un organisme, et sa disparition prend la forme d’une maladie environnementale, lente, toxique, dont l’humain est à la fois le spectateur et le responsable.

Desquamation ne montre donc pas un paysage perdu, mais un paysage qui se dépouille, laissant apparaître la vulnérabilité de ce qui ne peut plus se régénérer. Une œuvre où la peau de l’image devient le lieu même du drame.

Desquamation.  mai 2025, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 32 x 29.5 x 5 cm.

France

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Pesanteur, Paysage (26/08/2021), Installation, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), environ 97 x 72 x 172 cm.

 2026 par Laurent Fierdehaiche. Créé avec Wix.com 

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