Nids
Cette œuvre se présente comme la représentation d’un nid monumental, posé à même le sol, dont l’échelle dépasse celle du vivant qu’il est censé abriter. Dès le premier regard, elle évoque un refuge, une matrice, mais aussi un vestige. Sa forme circulaire, ouverte, presque béante, oscille entre abri et cavité, protection et manque.
Le nid est constitué de lambeaux d’images issus de boîtes de puzzles, assemblés comme autant de brindilles. Ces fragments iconographiques — paysages idéalisés, scènes de nature parfaite, ciels, forêts, prairies — ne sont pas choisis pour leur valeur matérielle, mais pour leur charge symbolique.




Le Grand Nid, 2024, Installation, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), diamètre 85 x 48 cm.
L’œuvre s’inscrit dans un temps post-apocalyptique, où la nature n’existe plus que sous forme de souvenirs visuels. Les oiseaux, privés de leur environnement originel, n’ont d’autre choix que de se tourner vers les restes du monde humain : des morceaux de papier imprimés, vestiges culturels d’un idéal perdu. Là où ils tissaient autrefois leurs nids avec des brindilles, de l’herbe et des fibres naturelles, ils utilisent désormais des fragments de paysages artificiels — images de la nature plutôt que nature elle-même.
Ce geste fictif des oiseaux devient profondément mélancolique. En construisant leur nid à partir de ces images, ils tentent de perpétuer la mémoire d’un temps heureux, celui où la nature leur offrait spontanément de quoi s’abriter. Chaque lambeau devient une relique, un fragment de souvenir arraché à un monde disparu. Le nid n’est plus seulement un lieu de protection, mais un espace de deuil et de reconstitution symbolique.
La répétition des images, leur déchirure, leur superposition créent une texture dense et chaotique, à la fois foisonnante et fragile. Le spectateur reconnaît des paysages, sans jamais pouvoir les recomposer entièrement. Comme un puzzle impossible à achever, l’œuvre souligne l’irréversibilité de la perte : ces paysages ne peuvent plus être réunis autrement que dans un simulacre.
Le vide central du nid renforce cette lecture. Il suggère l’absence — des oiseaux eux-mêmes, mais aussi de la vie qu’ils tentaient de préserver. Ce creux peut être lu comme un berceau abandonné, un lieu d’attente ou un tombeau. Il pose une question silencieuse : à quoi sert un nid lorsque le monde qui le rendait nécessaire a disparu ?
Les paysages ne sont plus assemblés pour être regardés, mais déchirés pour survivre. Le nid devient ainsi une archive fragile, construite à partir de souvenirs fragmentés, où la nature persiste sous forme d’images, mais où le vivant peine à se maintenir.




Minutieusement,
Fragment après fragment L’oiseau a bâti son refuge De paysages colorés
Nid 1 (15/05/2021), Installation, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 102 x 69 x 39 cm.
Fragile équilibre
De brindilles et de papier Abri éphémère
Asile illusoire
Nid 2 (01/06/2021), Installation, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), 262 x 212 x 85 cm.





