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 La Pelle de la forêt 

La pelle de la forêt met en scène un objet manufacturé, la pelle, dressée verticalement comme un totem, plantée dans un socle de bois mort. Cet assemblage simple en apparence articule pourtant une tension forte entre nature et culture, entre domination humaine et reprise du vivant.

Le socle, constitué d’un tronc de bois mort, agit comme une mémoire du paysage disparu. Il est à la fois vestige d’un arbre abattu et support de l’œuvre, rappelant que toute transformation humaine de la nature repose sur une extraction préalable. Ce bois mort n’est cependant pas figé : il devient le point de départ d’une reconquête.

La Pelle de la forêt, 2021, Matériaux divers (Bois, clous, pièces de puzzle...), 198 x 30 x 32 cm.

Les pièces de puzzle colorées, qui colonisent le socle et remontent progressivement le manche de la pelle, figurent un tapis de verdure artificiel, une nature recomposée, fragmentée, reconstruite. Le choix du puzzle est essentiel : il évoque un monde morcelé, un paysage détruit puis reconstitué de manière symbolique, imparfaite. La verdure n’est plus organique, mais faite de fragments standardisés, produits en série, soulignant l’ambiguïté de cette renaissance.

Cette végétation-puzzle progresse à la conquête de la pelle, outil emblématique de l’intervention humaine sur le sol, de l’exploitation, de la transformation des paysages. L’objet, initialement destiné à creuser, déraciner, retourner la terre, devient ici passif, envahi, presque absorbé. La nature — même artificielle — inverse le rapport de force : elle ne subit plus, elle colonise.

Par son titre, La pelle de la forêt, l’œuvre entretient une ambiguïté poétique. Est-ce une pelle appartenant à la forêt, ou une pelle façonnée par elle ? Le génitif suggère une appropriation : la forêt se réapproprie l’objet humain. La forêt n’est plus seulement un espace exploité, mais une entité active, capable d’engloutir les traces de l’activité humaine.

Dans la continuité du travail autour de l’effondrement et des paysages fragmentés, cette œuvre propose une vision moins frontale de la catastrophe : elle montre une lente revanche, fragile et artificielle, où la nature survit sous forme de simulacre, mais persiste malgré tout. La pelle de la forêt devient ainsi une sculpture de transition, entre ruine et régénération, entre fin et recomposition du monde.

France

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Pesanteur, Paysage (26/08/2021), Installation, Matériaux divers (Bois, pièces de puzzle...), environ 97 x 72 x 172 cm.

 2026 par Laurent Fierdehaiche. Créé avec Wix.com 

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